PAROLE DE TOUAREG

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Les années passent et se ressemblent pour certaines populations de notre planète. La communauté Touarègue vit une période charnière de son histoire. Notre culture, l’une des plus anciennes du monde, est aujourd’hui bouleversée par l’Histoire. Les sécheresses successives et répétitives rendent la vie nomade de plus en plus difficile voir impossible au regret des éleveurs que nous sommes par essence. Il y a également la non scolarisation de nos enfants qui constitue un frein au développement de nos régions. Nous sommes obligés de nous regrouper autour de ce que l’administration appelle communément « les sites de fixation de pasteurs nomades ». Dans ces lieux au milieu de nulle part nait un espoir de vivre en paix en ayant de l’eau et de quoi subvenir aux besoins essentiels par d’autres activités que l’élevage tels que le maraîchage, le commerce et l’artisanat… Certains d’entre nous se sont déjà sédentarisés dans les villes par la force des choses et participent à la vie citoyenne de leur pays respectifs malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent. L’authenticité de nos coutumes et la beauté de notre désert sont usurpées parfois par certains qui pensent nous connaître mieux que nous-mêmes et écrivent notre histoire à notre place. Ils vendent notre image en négligeant la profondeur de notre âme.

Le réchauffement de la terre-mère est plus cruel chez nous que presque partout ailleurs. Ce sont les pays industrialisés qui en sont responsables et c’est nous qui en subissons les conséquences néfastes. Notre jeunesse, dans la recherche de solution à notre situation dramatique, doit s'impliquer avec intelligence dans la lutte pour la paix et la démocratie.

Pour faire notre choix en connaissance de cause, il nous faut apprendre les changements en cours et nous assumer en disant au monde que désormais nous sommes présents aux rendez-vous des peuples. La communauté Kel Tamashek (Touarègue), environ 7 million, composée de tous ceux qui parlent la langue tamashek, doit pour cela se doter d’une élite informée et instruite capable de faire face aux défis auxquels elle est à présent confrontée.

La scolarisation, l’apprentissage de Tifinagh et des langues officielles y compris nationales, des pays dans lesquels nous vivons, principalement la Libye, le Niger, le Mali, l’Algérie et le Burkina Faso, est un impératif absolu. Sinon d’autres choisiront pour nous notre propre avenir. Ce sont les Touaregs eux-mêmes de décider pour eux. Ainsi cet avenir et l’existence de ma communauté Touarègue, notre culture, notre identité d’une manière générale sont plus que jamais menacées de disparition. Mais nous gardons espoir et sommes prêts à envoyer nos enfants à l’école. Paris le 7 décembre 2010

Moussa AG ASSARID, écrivain et consultant en développement.