Langue berbère : Peuples et nature

Quelques données de base

Le nom «berbère» est un terme de mépris et d’ignorance donné par les Romains. Les Berbères se nomment les Imazighen (Hommes Libres). Le nom «Berbère» vient de «Barbarius» (du Grec «Barbaroï» = Celui dont on ne comprend pas la langue). Chaque civilisation qui envahit le territoire berbère méprisa ce peuple. Parmi ces civilisations, on peut citer : les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs et les Français plus récemment.

Le Tamazight (nom berbère de la langue) couvre une aire géographique immense : de l’Afrique du Nord au Sahara-Sahel. On la rencontre principalement au Maroc, en Algérie, au Niger et au Mali (pour la variété touareg). Langue partout minoritaire, le berbère s’est maintenu dans des zones refuges, surtout rurales et montagneuses. Elle est, de plus, diversifiée en de nombreuses variétés dialectales, dont : le touareg (Sahara-Sahel), le chleuh (ou tachelhit dans le Sud du Maroc), le Rifain (Nord du Maroc), le Tamazight (Moyen-Atlas au Maroc) et le kabyle (Algérie du Nord). Alors que le touareg bénéficiait depuis les indépendances du statut de « langue nationale » au Niger et Mali, le berbère est longtemps resté sans aucune reconnaissance institutionnelle en Algérie et au Maroc ; toutefois le statut du berbère a connu de sensibles améliorations depuis quelques années et des expériences, encore marginales, d’enseignement du tamazight sont engagées dans ces deux pays. Bien que le berbère soit une langue essentiellement de tradition orale, les Berbères possèdent, depuis au moins deux millénaires et demi, leur propre système d’écriture appelé “libyco-berbère” (tifinagh en berbère). Il s’agit d’un système alphabétique (consonantique) aux usages traditionnellement assez restreints : funéraires, symboliques et ludiques. Actuellement, cet alphabet est toujours utilisé par les Touaregs et il connaît, sous des formes adaptées, une certaine extension dans les milieux kabyles et marocains. Mais depuis le début du XXe siècle, l’écrit berbère utilise surtout le support de l’alphabet latin (avec diverses adaptations) ou celui de l’alphabet arabe (en particulier au Maroc). Le berbère a été en contact avec de nombreuses langues extérieures depuis la plus haute Antiquité : le punique d’abord, avec Carthage et les autres implantations phéniciennes, le latin pendant toute la durée de la domination romaine (45 à 285 de notre ère) et de la période chrétienne et l’arabe, depuis la conquête de l’Afrique du nord et l’islamisation des Berbères (début du VIIIe siècle) par les Arabes. Le français, enfin, à travers la colonisation. Mais c’est surtout l’influence de la langue arabe, à l’œuvre depuis 13 siècles, qui est, dans presque tous les dialectes, très sensible, notamment au niveau du lexique. Le nombre de berbérophones est difficile à évaluer en l’absence de recensements linguistiques fiables et de la situation sociolinguistique générale très défavorable à la langue berbère. On peut cependant estimer les berbérophones à : 20 à 25 % de la population algérienne, 35 à 40 % de la population marocaine ; Auxquels s’ajoutent plus d’un million de Touaregs répartis sur cinq états distincts (Algérie, Libye, Niger, Mali, Burkina-Faso). Les autres groupes berbères (Libye, Tunisie, Egypte, Mauritanie) sont beaucoup plus réduits et ne comptent guère plus de quelques milliers à quelques dizaines de milliers de personnes. Il convient également de mentionner l’importante population résidant à l’extérieur des régions traditionnellement berbérophones, notamment dans les grandes villes d’Algérie et du Maroc, mais aussi en Europe, notamment en France, où l’immigration berbère est très ancienne (1960) et numériquement considérable : les Kabyles à eux seuls y représentent sans doute près d’un million de personnes. A Angers par exemple, les marocains immigrés des années 60 sont des berbères venus surtout de la région de Beni Mellal (Moyen-Atlas).

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Publié dans: Ethnographie – Ethnographie berbère le 27 avril 2009